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Le
vrai Pur est donc celui qui retrouve le Chemin
qui conduit au-delà même du libre arbitre.
Le Sage qui possède encore assez de lumière
et de force morale pour le guider ici-bas
peut donc, « temporairement », utiliser le
libre arbitre qui lui reste (cadeau empoisonné
du Démon pour la majorité des hommes) afin
de se diriger vers le Bien. Mais le but demeure
de parvenir à la Perfection, donc au-delà
du libre arbitre, pour regagner la sphère
du royaume de l'absolue Plénitude. Là encore
il semble que ce royaume divin et parfait,
et situé au-delà des possibilités du choix
et des tentations, doit (malgré la différence
des vocabulaires et des images) s'apparenter
au Nirvana de certaines écoles bouddhistes.
L'état
de sainteté des ministres cathares était par
contre si flagrant que les populations les
appelèrent «Parfaits », «Purs» ou «Bons Hommes
». Ils vivaient de peu, jeûnaient souvent
et pratiquaient tous un métier. Ils assistaient
les paysans dans leurs travaux et plusieurs
d'entre eux étaient précepteurs, médecins,
tisserands, etc. Il est absolument faux qu'ils
se soient détournés des sciences de ce monde,
sous prétexte que celui-ci était régi par
Satan. Ils manifestaient le plus grand intérêt
pour l'astronomie, héritage reçu des Chaldéens
et des Arabes avec lesquels ils eurent vraisemblablement
de fréquents rapports (n'oublions pas que
ces derniers ont donné leur nom à la plupart
des étoiles, telles Algol, Altaïr, Aldébaran,
etc.). Ils côtoyaient aussi les rabbins juifs
qui, chassés d'Espagne par la reconquête,
commençaient déjà à refluer en Occitanie où
régnait la tolérance.
Nous
ne disposons plus actuellement que de trois
textes cathares : La Cène secrète, Le
Livre des deux Principes et le Rituel cathare,
qui faisaient vraisemblablement partie d'un
ensemble plus vaste destiné, soit à des rituels
publics, soit à servir de base à des polémiques
ou à des prédications. Dans tous les cas,
ces textes constituaient l'exotérisme cathare
et non la « doctrine essentielle ».La transmission
ésotérique s'effectue de bouche à oreille
et ce fait ne souffre aucune exception! Les
textes hermétiques sont généralement tenus
éloignés des profanes et rédigés d'une manière
sibylline tout en présentant plusieurs sens
superposés. Parmi eux nous devons peut-être
compter le fameux « Trésor cathare», évacué
de Montségur en mars 1244. Les Parfaits y
attachaient certainement le plus grand prix,
puisqu'ils n'acceptèrent de se rendre que
lorsqu'ils furent certains de l'avoir mis
à l'abri. Précisons que le terme « trésor»
désignait au Moyen Age des écrits religieux
cathares.
« Al cap des set cens ans verdegeo le laurel»
« Après sept cents ans reverdit le laurier
».
Ainsi s'exprimèrent les Troubadours devant
les bûchers encore fumants et voici qu'après
sept siècles d'oubli un renouveau d'intérêt
se manifeste pour le Catharisme.
Seuls la Connaissance et l'Esprit, que les
Purs transmettaient par leur Verbe, constituent
pour nous des trésors inappréciables. C'est
eux que nous nous efforçons de retrouver et
cette tâche n'est pas impossible, à une condition
cependant : que nous rejetions le jugement
du monde façonné par mille idées fausses et
lui substituions celui des sanctuaires, en
utilisant ce que Paul Le Cour appela si justement:
« le fil d'or de la Tradition ».
Pour
les Cathares, la réception du consolamentum
équivalait à la transmission par un pur canal
d'un germe christique destiné à rendre à l'homme
son âme solaire, son âme divine. Parmi tous
les écrivains, c'est sans doute Maurice Magre
qui, dans La Clef des choses cachées a le
plus approché le grand secret des Cathares:
« Il y a, nous dit-il, un secret libérateur
qui a été transmis depuis le commencement
du monde... Ce secret était l'essence de l'enseignement
que Jésus avait donné. Joseph d'Arimathie
l'avait emporté avec lui à travers le monde,
jusqu'aux limites les plus lointaines de l'occident...
. » Etre Parfait n'était qu'un état préparatoire.
» C'est par le consolamentum qu'on recevait
le salut. »L'essence du consolamentum nous
est demeurée cachée. On ne connaît que les
formules du rite et l'on sait qu'il comportait
une réunion d'hommes purifiés. L'apport spirituel,
le germe divin, était donné par un Parfait
qui le possédait déjà. Il transmettait la
vie dont il était le dépositaire. Un baiser
était le symbole du don reçu et le baiser
circulait entre les croyants qui étaient présents,
comme le signe visible du courant d'amour
qui passait de l'un à l'autre. »Le consolamentum
était le secret de Jésus, l'esprit du Graal.
» Le Parfait qui transmettait le consolamentum
était par conséquent le vivant réceptable
de ce Germe Céleste et ceci l'obligeait à
mener une vie d'une totale pureté. La descente
du consolamentum était pour les Cathares une
réalité spirituelle et seul un ministre parfaitement
pur était capable de communiquer le Feu Transcendant.
Nous
devinons également, à la lecture de ce texte,
que tous les Parfaits n'avaient pas atteint
le même degré de réalisation spirituelle et
ne possédaient pas forcément le pouvoir de
transmettre le consolamentum. De plus, seule
une minorité d'entre eux devait avoir accès
aux secrets essentiels du Catharisme, ce qui
expliquerait les divergences constatées sur
le plan de l'enseignement.
Selon
les Cathares, l'incarnation christique eut
essentiellement une valeur symbolique L'essentiel
de la Mission christique a résidé dans les
inscriptions réalisées pour les ères à venir,
inscription notamment de la Résurrection du
Corps Glorieux, de l'Ascension de l'Adepte,
de l'Assomption de la création. Jésus n'a
pas œuvré pour l'ère des Poissons, mais
pour des ères futures plus éthérées et notamment
pour celle du Verseau.
Jésus
et ceux qui l'ont entouré ont agi comme autant
de symboles..., le symbole est un moule dans
lequel la transcendance prend forme, par l'intermédiaire
du plan astral... Le Symbolisme constitue
le levier majeur utilisé par les Hiérarchies
afin d'agir sur notre plan terrestre et de
régler les événements et les choses conformément
aux décrets divins...
La
Vérité est une arme bien difficile à manier
car celui qui la proclame trouve inévitablement
en face de lui Satan, qui est aussi le Père
du Mensonge! Un Maître peut se reconnaître
au fait que ses paroles, tout en étant parfaitement
compréhensibles et complètes en elles-mêmes
sur le plan matériel, possèdent simultanément
des sIgnifications transcendantes. Le Verbe
christique se faisait comprendre du plus pauvre
laboureur et renfermait en même temps la sagesse
du monde. Nul homme ne pourra jamais découvrir
la totalité des richesses contenues dans les
évangiles et notamment dans celui de Jean
que les Parfaits portaient toujours sur eux.
Les Cathares avaient reconnu cette résonance
sur tous les plans du Verbe divin. Selon eux,
Christ porte l'intégralité du pont « Esprit-Ame-Corps».
Cette unité substantielle n'ayant jamais été
brisée en Lui, il est impeccable.
Voilà démontré une fois de plus que les Cathares
n'ont pas séparé les plans d'en haut et d'en
bas, comme on l'a si souvent prétendu. Nous
constatons bien au contraire qu'ils avaient
conservé la notion des trois plans affirmés
par saint Paul, tandis que l'Eglise, sur ce
point, devenait dualiste en ne retenant plus
que le corps et l'âme.
Les Parfaits avaient, par-dessus tout, horreur
du mensonge. « Les Albigeois, aux âmes surhumaines,
ont incarné la puissance d'une sagesse accumulée
au cours des siècles, en des civilisations
disparues. Ils ont aimé la vérité et l'ont
enseignée aux hommes; leur christianisme était
celui qui n'a pas d'armes contre la vérité.
En constituant leur trésor spirituel, ils
ont donné à leur système une base de granit,
et créé l'Eglise d'Amour, église idéale qui
consolait la peine des hommes, et qui élevait
les âmes sur les hauteurs où triomphait l'Amour
de Dieu! »
Selon
les Parfaits, la libération des âmes s'effectuait
progressivement, au cours des vies successives.
Lorsqu'un croyant voyait s'estomper en lui
les désirs terrestres et s'affirmer celui
de la libération, il pouvait recevoir le consolamentum.
Le degré de spiritualité d'un Cathare se mesurait
à l'intensité de son Désir, ce mot étant pris
dans le sens que devait lui attribuer plus
tard Claude de Saint-Martin. Plus un homme
s'était dégagé de l'emprise du monde, plus
il était libre d'aspirer exclusivement à la
Lumière.
La
réincarnation était répandue parmi tous les
peuples antiques et constituait un des éléments
fondamentaux de toutes les doctrines hermétiques,
sans exception. Même la Bible, qui semble
à première vue ne pas la mentionner, y fait
maintes allusions. Il n'est donc pas étonnant
que les Cathares aient cru en la réincarnation,
à l'instar d'un grand nombre de premiers chrétiens
et notamment d'Origène, ce génie méconnu.
Ils savaient reconnaître dès leur première
enfance les réincarnations de grands êtres,
comme aujourd'hui encore les Thibétains reconnaissent
les Tulkou à des signes particuliers. Ils
pensaient que lorsqu'une âme affranchie de
tout désir terrestre connaissait sa transition,
elle empruntait le « chemin des étoiles »,
c'est-à-dire qu'elle s'en allait sur des astres
aux vibrations plus éthérées que celles de
notre planète pour y poursuivre son évolution.
En
cette région furent accueillis de tous temps
ceux qui avaient la mission de veiller sur
l'Enseignement. Ces hommes de Bonne Volonté,
des SINCERES, avaient reçu et devaient transmettre,
ne fût-ce qu'une parcelle, les Maîtres Mots
de l'AMOUR dans le Message révélé, afin que
vive pour tous les hommes, la certitude de
cet AMOUR dans les valeurs authentiquement
humaines jusqu'aux valeurs authentiquement
spirituelles et que les hommes, de génération
en génération, puissent être chacun transitif
de soi à autrui, de soi au prochain. Les Parfaits
et leurs Adeptes, les Croyants, étaient donc
de ce pays. Ceci voulait dire qu'ils étaient
non seulement bénéficiaires mais participants
à part entière à cette société occitane avec
un sens de l'AMOUR, un sens de l'Humain, dans
un raffinement que les sociétés au-delà de
la Loire ne connaissaient pas à cette époque.
Qui
donc a prodigué à ces hommes du haut et bas
Languedoc la Révélation du Message Vivant
du Christ? Rien de nettement probant n'a été
dit jusqu'à présent et nul n'a cherché à retrouver
sans dépossession des biens dont il faut savoir
rester maître et non esclave. Ils se disaient
donc « parfaits ». Mais le disaient-ils vraiment
ou est-ce l'interprétation, l'explication
que l'on a donnée et confirmée par la suite?
On ne trouve du reste le mot Cathare que relativement
plus tard que leur époque même .
Le
Temple appelait les Cathares: les « Couronnés
d'eux-mêmes ». Le groupe d'hommes
appelés ainsi, enseignés dans la Vérité, sortis
un jour du Temple et ne retrouvant plus la
porte, continuèrent leur chemin avec cette
certitude admirable que donne la conviction.
Ils pensaient que leur connaissance était
suffisante et édifiante pour montrer la voie
de la libération de l'Esprit et de l'Ame,
des chaînes qui les entravent en ce bas monde.
Ils affirmaient, en déduction et en conséquence,
que dans « l'apparence du vivant », il y avait
une synthèse du vivant et la possibilité de
la conversion au bénéfice de l'effort pour
atteindre l'image ou l'idée du parfait.
Les
Cathares, on le sait, se divisaient en Parfaits
et en simples croyants. Pour devenir véritablement
membre, il fallait passer par la cérémonie
de la convenientia, au cours de laquelle le
récipiendaire promettait respect et obéissance
à la caste supérieure, et se voyait octroyer,
en échange, la possibilité d'accéder lui-même
un jour à celle-ci en sollicitant le consolamentum
Les
Cathares plaçaient à la base de leur doctrine
la pureté, le désintéressement qui sont, nous
l'avons. vu dans le Monde perdu, à la base
de la Tradition primitive. Ils mettaient leurs
biens en commun, s'abstenaient de nourriture
animale et de boissons fermentées. On sait
que le nom d'Albigeois leur fut également
donné. Est-ce à dire qu'ils se rattachaient
plus spécialement à l'église cathare d'Albi?
Cela ne paraît guère probable. Une explication
nous a été fournie par M. Basiaux; si catharos
signifie « pureté» en grec, en latin alba
veut dire « blanc» et la blancheur est associée
à l'idée de pureté. « Alba» a également donné
naissance au mot « aube », l'aube n'est-elle
pas la première manifestation de cette lumière,
objet du culte des Manichéens.
La
cordelette de lin ou de laine était également
portée par les Templiers et les Cathares,
elle était une prectection pour eux, un « cercle
magique ». C'est la corde des Franciscains.
Elle évoque la cordelière d'Anne de Bretagne
et le lacs qui figure au nombre des symboles
maçonniques.
Elle est, avec ses nœuds, un rappel du
nœud gordien. Le mot cordon, le même
que gordien) et son symbolisme se trouve également
dans le nom donné aux insignes des Ordres
décernés par les gouvernements. L'on dit:
le grand cordon de la Légion d'honneur. Ce
qui prouve que le symbolisme traditionnel
se continue à l'insu même de ceux qui l'utilisent.
Les Cathares étaient « tisserands », non pas
tellement qu'ils aient touché à l'artisanat
du lin et du chanvre, mais aussi parce que
« tisser» signifie « prier» en hébreu.
Le
grand sacrement des Cathares c'était le consolamentum,
consistant dans l'imposition des mains. Il
se conférait le vendredi saint. On lisait
les dix-huit premiers versets du premier chapitre
de l'évangile de saint Jean. Dans ses Epures,
saint Paul parle souvent de l'imposition des
mains et l'on trouve dans les Actes (VIII,
17), cette phrase: « Pierre et Jean leur imposèrent
les mains et ils reçurent le Saint-Esprit.
» Nous avons vu que les Joachimistes s'appuyaient
sur le règne du Saint-Esprit, le sacrement
cathare continuait donc les traditions apostoliques
et pauliniennes. Si l'imposition des mains
était considérée comme le moyen de transmettre
le magnétisme vital, il apparaît comme ailleurs
que le Manichéisme s'appuyait précisément
sur le vitalisme considéré comme la manifestation
du Christ solaire.
Le
consolamentum serait donc la transmission
aux ministres cathares, sous l'influence du
Saint-Esprit, de la puissance magnétique,
de cette énergie christique à laquelle font
allusion les Evangiles (Jésus sentait une
force qui sortait de lui, Marc, V, 30; Luc,
VIII, 46 et VI, 19).
Cette
attitude, qui a revêtu un caractère universel
à travers toutes les religions des temps protohistoriques,
nous amène à considérer la valeur initiale
du Verbe (ou du Logos) qui commande l'entendement
de la nature du divin. Comme chacun le sait
: Au commencement était le Verbe, et le Verbe
était en Dieu et le Verbe était Dieu... Mots
à première vue sybillins (comme tant d'autres
de même source), parce que retenus et rapportés
après qu'on eût escamoté (par ignorance ou
incompréhension) le sens de leurs racines
profondes.. Dans les temples cathares le Nouveau
Testament était ouvert en permanence à cette
toute première page du premier des évangélistes.
Notons aussi, pour nous le rappeler un peu
plus loin, que dans ces mêmes temples brûlaient
des flambeaux
« symbolisant le baptême du feu ».
L'Occitanie,
enfin, avait réalisé avec huit siècles d'avance
la promotion de la femme devenant l'égale
de l'homme. Dans le même temps des théologiens
catholiques réunis en concile se demandaient
gravement si la femme avait une âme.
Les
populations ne sont pas toujours aptes à discerner
la validité d'une doctrine, mais elles se
trompent rarement quand il s'agit de choisir
entre ceux qui sont saints et ceux qui sont
impurs. L'influence des Parfaits ne cessa
de croître jusqu'au siège de Montségur et
devint déterminante en Occitanie. Or, c'est
précisément à cette influence que nous attribuons,
dans une très large part, le fait qu'aucun
sévice ne fut occasionné aux catholiques du
Midi jusqu'en 1233. Les Purs prêchaient la
tolérance, l'amour universel, le pardon des
offenses et interdisaient aux croyants de
répondre à la violence par la violence. Seulement
il se produisit, le 20 avril 1233, un événement
qui allait progressivement diminuer l'influence
modératrice des Parfaits et déchaîner la haine
contre l'Eglise romaine.
A
suivre...
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